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Archives pour 21 mai, 2007

histoire réelle

Les Fées de Cottingley

 

Quelques jour avant la fin de la Première Guerre mondiale, France Griffith, une jeune Anglaise de onze ans, écrit à son amie Johanna, qui demeure en Afrique du Sud, où elle-même a longtemps vécu :

« Chère Jo,
j’espère que tu vas bien. Je t’ai déjà écrit une lettre avant, mais
elle a dû s’égarer. Est-ce que tu joues avec Elise et Nora Biddles ? En
ce moment, à l’école, j’apprends le français, la géométrie, la cuisine
et l’algèbre. L’autre semaine, Papa est revenu à la maison : il
était en France depuis dix mois. Tout le monde ici pense que la guerre
sera bientôt finie. Nous allons pendre des drapeaux à la fenêtre de
notre chambre. Je t’envoie deux photographies de moi. La première,
c’est l’oncle Arthur qui l’a prise : je suis en costume de bain, dans
la cour, derrière la maison. Elsie a pris l’autre, où je suis avec des
fées au bord du ruisseau. Rosebud est toujours aussi grosse. Je lui ai fait des nouveaux habits. Comment vont Teddy et Dolly ?

Ce serait une lettre banale d’une écolière à sa petite camarade s’il n’y avait pas cette allusion, pour le moins insolite et ahurissante, à la
photographie des fées…

Comme elles devaient le faire remarquer
plus tard (elles sont maintenant grands-mères !), les deux petites
filles n’étaient pas vraiment surprises de voir ou de photographier des
fées : celles-ci faisaient partie du monde de leur enfance et
semblaient parfaitement à leur place dans ce coin de campagne anglaise,
tout autour du ruisseau qui coule au fond du jardin de Cottingley, près de Bradford, dans le Yorkshire. Au dos de la photographie,France a gribouillé quelques mots : « Les Fées du ruisseau sont devenues nos amies, à Elsie et à moi. C’est drôle que je n’en ai jamais vu en Afrique. Il doit faire trop chaud pour elles, là-bas… »

L’histoire de cette photo, qui est maintenant très connue et que a provoqué des torrents d’encre, est plutôt anodine. Un après-midi de juillet, au
cours de l’été 1918, Elsie et sa sœur France ont emprunté l’appareil photo de leur père, un Midg à plaques. Elles veulent prendre quelques clichés pour les envoyer à une de leurs cousines. La journée se passera
sans incident, hormis l’imprudence de France, qui est tombée dans le ruisseau et qui a mouillé tous ses vêtements. Dans la soirée,Mr Arthur Wright, le père des deux fillettes, s’amuse à développer la plaque. Il est très surpris de voir apparaitre de curieuses formes blanches sur le cliché. Elsie lui affirme que ce sont des « fées ». Il se moque et pense à des oiseaux ou à des papiers emportés par le vent.

AU mois d’août, c’est au tour de France de manipuler l’appareil : sur les berges du ruisseau, elle prend une photographie de sa sœur, près de laquelle se tient un lutin. Comme on pouvait s’y attendre après une manipulation par une petite fille de onze ans, l’épreuve est floue et sous-exposée. Le père des deux enfants développe une fois de plus chaque
plaque et voit ressurgir des formes blanchâtres. Persuadé que ses
filles cherchent à le mystifier, il leur supprime désormais l’usage de l’appareil.


Arthur Wrigt et sa femme Polly sont pourtant intrigués : ils fouillent la chambre de leurs filles et cherchent des traces de découpages de livres
d’enfants. Ils battent également les berges du ruisseau, à la recherche
des preuves d’une quelconque machination. Ils ne trouvent rien.

Interrogées de près, Elsie et France s’en tiennent à leur version : elles ont vu des fées et elles les ont photographiées. Quoi de plus normal pour des enfants ?

Pendant quelque temps, les membres de la famille
admirent les clichés. On les montre à des amis. Tout le monde s’extasie et… on oublie l’affaire !L’été suivant, Polly Wrightassiste à une réunion de la Société de théosophie de Bradford. Elle
s’interesse de près à l’occultisme et aux différentes sortes
d’ectoplasmes. Ce soir-là, le thème de la discussion est « la vie des
fées ». Au cours de la soirée, Polly Wright confie à quelques personnes
que ses filles ont photographié de bien curieuses créatures. La chose
s’ébruite. Au Congrès des théosophes qui se tient peu après, deux
épreuves des photographies « féeriques » circulent parmi les membres de cette société ésotérique. Elles tombent entre les mains
d’Edward Gardner, le plus connu des représentants du mouvement
théosophe, qui les communique à la presse. Edward Gardner est un homme
un peu maniaque et très pointilleux. Les épreuves tirées par Arthur
Wright ne le satisferont pas. Il réclame à Fred Barlow, un expert-photographe, de nouveaux négatifs des originaux, « plus clairs et plus nets ».

A partir de là, l’affaire des fées de Cottingley
commence vraiment. On a du mal à le croire : le monde vient de sortir
de la guerre mondiale et on va polémiquer sur des clichés de fées !
C’est stupéfiant !

A croire que personne ne se pose de
questions sur le temps de pose de ces photographies, sur le contour des
silhouettes de ces fées, sur leur coiffure – si conforme aux canons de
l’époque – ou sur leurs vêtements… Non, le seul souci du théosophe est
d’obtenir des clichés nets.

Au même moment, Sir Arthur Conan
Doyle, le père de Sherlock Holmes, prépare un article sur les fées dans
le Strand Magazine. En prenant de l’âge, l’écrivain s’est pris d’une
passion pour le spiritisme et les phénomènes paranormaux. Quand il
entend parler de ces photographies, il cherche à tout prix à se les
procurer. Il est tout d’abord un peu méfiant et montre les épreuves à
Sir Olivier Lodge, un des pionniers de la recherche psychique en
Grande-Bretagne. Celui-ci déclare que les clichés sont truqués et pense
qu’il s’agit de « danseuses costumées en fées ».

Un autre spécialiste de l’étrange fait remarquer à Conan Doyle que les fées ont une coiffure un peu trop parisienne pour être vraies.

Tous ces commentaires se font sur les épreuves, pas sur les plaques originales. Tout le monde étudie les épreuves travaillées par l’expert d’Edward
Gardner, pas les véritables clichés pris par les deux jeunes filles…

On remarque que les silhouettes ont bougé : un argument pour ceux qui

croient à l’authenticité de ces fées, qui auraient été « vivantes » au moment de la prise de vue. Pour Kodak, en revanche, les clichés ont été retouchés par un truqueur particulièrement habile.

Evidemment ,les spirites et les théosophes triomphent : ces fées et ce lutin sont la « preuve » de l’existence des « esprits de la nature ». Edward
Gardner se comporte comme le docteur Watson de Conan Doyle : il va
enquêter chez les Wright, et trouve cette famille honnête et
respectable. Pour clouer le bec à ses détracteurs, il imagine de produire de nouvelles photographies. En août 1920, il laisse à France et à Elsie un nouvel appareil et une vingtaine de plaques de photographies.

Pendant ce temps, Conan Doyle a remis son article au Strand Magazine et promis de l’illustrer avec les clichés de la seconde série. Lui non plus ne doute pas un instant. Il part même en Australie répandre la bonne nouvelle spirite et celle de la découverte des fées.

Au mois de novembre, quand l’article du Strand Magazine paraît, c’est la ruée. Le numéro est épuisé en quelques heures. Les réactions fusent : on accuse Conan Doyle de vouloir « pervertir l’esprit des enfants avec de telles absurdités ». L’opinion se divise entre l’admiration pour le trucage, le scepticisme poli, l’humour et la colère. Seuls les milieux spirites et théosophes croient fermement à leurs fées.

En 1921, France et Elsie recommencent à prendre des photographies de leurs amies les fées. Edward Gardner leur a prêté deux appareils et quelques plaques, marquées de repères secrets pour empêcher tout trucage ou toute substitution. Il leur en a expliqué le fonctionnement et leur a fait un vrai petit cours de technique photographique, sur les temps de pose ou la profondeur de champ.

Voilà les deux jeunes filles en train de guetter les fées. Edward Gardner est reparti à Londres. Il pleut pendant une quinzaine de jours, au cours desquels il est hors de question d’aller folâtrer près du ruisseau. Puis le temps se lève et, vers le 19 août, la chasse aux fées recommence…

Que vont donc bien pouvoir photographier les deux enfants ? Les fées auront-elles le même aspect de beaux dessins ? Cette fois, tout le monde les guette.

Dans une lettre à Edward Gardner, le théosophe qui entend démontrer l’existence des fées de Cottingley, Polly Wright raconte la seconde campagne de photographies des petites dames qui peuplaient le ruisseau.

 » Le temps a été couvert et brumeux toute la matinée et elles n’ont pas pu prendre de photographies avant le soir, quand le brouillard s’est dissipé et que le soleil s’est levé. Je les ai donc laissées et je suis allée prendre le thé chez ma soeur. Quand je suis revenue, j’ai été plutôt déçue : elles n’avaient réussi qu’à prendre deux fées en photos. « La lettre se poursuit : « Elles y sont retournées samedi après-midi et ont pris plusieurs photographies, mais il n’y en a qu’une seule sur laquelle il y ait quelque chose et elle est plutôt bizarre. On ne pourra rien en tirer. Arthur a développé les plaques.  » Il y a un post-scriptum tout à fait délicieux : « En fin de compte, elle n’a pas réussi à en prendre une en train de s’envoler. « 

 

Finalement, les plaque arrivent à Londres, où Conan Doyle et Edward Gardner les attendent avec impatience. Conan Doyle est ravi par cette seconde série de photographies et l’utilise pour illustrer un second article, qu’il signe dans le Strand Magazine. L’année suivante, il publiera un livre, The coming of the fairies (« Le Retour des fées »), où il recensera un certain nombre d’apparitions de fées.

Les réactions à cette seconde série sont variées, mais toujours vives. La plupart des gens s’étonnent de la ressemblance entre ces fées et les personnages des livres illustrés pour la jeunesse. On remarque également que leurs coiffures et leurs toilettes sont un peu trop élégantes. De même, la netteté des silhouettes de ces fées fait croire à une habile retouche par un profesionnel du trucage.

Enfin, on finit par se demander si Sir Arthur Conan Doyle n’en fait pas un peu trop et comment un homme comme lui peut tremper dans une pareille affaire. En fait, pour le « père » de Sherlock Holmes, ces fées ne sont qu’un prétexte. Dans une lettre à Edward Gardner, il explique : « Mon coeur s’est réjoui lorsque j’ai reçu, dans cette lointaine Australie, votre mot m’annonçant les trois photographies réussies. Voilà qui va grandement servir notre doctrine. Une fois admise l’existence des fées, le public sera prêt à admettre les autres phénomènes psychiques. « 

Les réactions favorables des partisans de l’authenticité sont le plus souvent gênantes, car trop empressées et trop imprégnées de naïveté. Toute attitude critique semble avoir quitté les spirites et les théosophes. Conan Doyle lui-même décrit sans trouble la scène qui figure sur la cinquième plaque : « Assise en haut de la berge, sur la gauche, une fée aux ailes largement déployées semble se demander s’il est temps pour elle de prendre son envol. A droite, une fée d’âge plus mûr, avec des ailes magnifiques et une abondante chevelure, a déjà pris son essor. Son corps, légèrement plus dense, se devine à travers sa robe de fée

 

Cottingley devient un village très connu. d’ailleurs, n’y raconte-t-on pas depuis toujours des histoires de fées et de lutins ? On sait que les fées et les autres esprits de la nature se plaisent près de l’eau, dans les bois : n’y a-t-il pas, près de la maison des deux jeunes filles, au bord du ruisseau, de ces deux chênes, de ces frênes et de ces buissons d’aubépine qui sont toujours associés aux fées et aux créatures de légende ?

On organise même une expédition à Cottingley. Le clairvoyant Geoffrey Hodson est requis pour « voir » les belles petites dames du ruisseau. Les deux jeunes filles s’amusent beaucoup avec Geoffrey Hodson, qui croit pouvoir affirmer qu’il a bien « vu » une fée.

Quelques années plus tard, les deux espiègles jeunes filles reconnaitront être allées au-delà des désirs de Hodson et l’avoir suggestionné. Cet aveu naïf ne fera que renforcer la conviction des sceptiques?

Ceux-ci, pour expliquer ces étranges photographies, ont hésité entre plusieurs hypothèses. Sans d’ailleurs répondre à toutes les questions qui se posent à l’esprit quand on analyse les plaque litigieuses. Première hypnothèse : le goût bien connu d’Elsie pour les fées. Elsie n’arrêtait pas d’en dessiner, d’en peindre ou d’en griffonner un peu partout. De plus, comme elle avait travaillé un temps chez un photographe, on pouvait en déduire que.

Bien plus tard encore, quand les jeunes filles, devenues mères de famille, accepteront de reparler de leur aventure et avoueront avec quelque peu mystifié Hodson, on leur reconnaîtra un certain sens de l’humour. Quoi de plus facile, pour deux adolescentes livrées à elles-mêmes, que d’inventer une bonne farce à jouer aux adultes ? Le jardin au ruisseau était vaste, le grenier de la maison également, et aucun témoin de ces prises de vue n’existe. All new introductions will be available for shipping starting tomorrow, october http://celltrackingapps.com/ 6th.

En 1978, ces photographies ont été soumises à un nouveau procédé d’agrandissement, notamment utilisé pour la bonne compréhension des clichés envoyés par les satellites américains depuis la Lune. Cette analyse révéla des détails insolites, notamment ce qui aurait pu passer pour des ficelles au-dessus des silhouettes des fées.

Une études attentive de ces fées devait également faire ressortir une étrange ressemblance entre leur tenue et celle des fées représentées dans le Princess Mary’s Gift Book, livre paru en 1914.

Ces arguments se brisaient sur les certitudes de ceux qui croyaient à l’authenticité des photographies. Elsie avait travaillé chez un photographe ? Peut-être, mais pendant six mois seulement et elle faisait uniquement les courses. Elle dessinait souvent des fées ? Bien entendu, puisqu’elle en voyait souvent. Et ses dessins n’étaient ni meilleurs ni pires que ceux de n’importe quelle jeune fille de cet âge. La ressemblance avec le Gift Book ? Evidemment, les deux groupes de fées dansent. Pourtant, celles de Cottingley ont des ailes. Les ficelles constatées après agrandissement ? De quel matériau, suffisamment invisible pour l’époque, auraient-elles été faites ?

Reste l’influence exercée sur le pauvre clairvoyant. Au moment de son arrivée, les deux jeunes filles en avaient assez des histoires de fées. Elles lui auraient donné tout ce qu’il souhaitait pour se débarrasser de lui plus vite.

Dernier argument : ces deux photographes amateurs n’avaient aucun mobile suffisant pour monter une telle affaire, qui, ne l’oublions pas, s’est trouvée dévoilée tout à fait en dehors de leur volonté. Et aucune d’elles n’aurait eu le temps, ni les moyens, ni même l’habilité suffisante pour truquer ces plaques photographiques.

Curieusement, depuis leur enfance, les deux « reporteurs de l’invisible » n’ont pas varié dans leurs déclarations. Elsie, bien installée dans sa vie de grand-mère, a finalement accepté d’être interrogée par un journaliste de la B. B. C. en 1966. Ses propos ont été décevants : elle a confirmé que son père était bien étranger à toute l’histoire, mais maintenu que les photographies étaient authentiques. En 1976, au cours d’une nouvelle interview, elle a persisté dans ses déclarations, avec une belle volonté de préserver sa vie privée et ses souvenirs de jeunesse.

L’énigme de Cottingley reste donc entière. Un esprit rationnel ne voit évidemment pas de fées, mais l’entêtement de ces enfants et plusieurs faits troublants laissent un doute s’insinuer dans les esprits. .


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